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Coworking : l'anglicisme du bureau partagé, origine et définition

La Rédaction du Hublot 6 min de lecture
Coworking : l'anglicisme du bureau partagé, origine et définition

Le coworking, contraction de l’anglais “co-working” (travailler ensemble), désigne un espace de bureau partagé entre professionnels indépendants. Né en 2005 à San Francisco sous l’impulsion du développeur Brad Neuberg, ce modèle rassemble aujourd’hui plus de 4 200 espaces en France. Le mot s’est imposé face aux équivalents français comme “cotravail” ou “bureau partagé”.

Origine et étymologie du mot coworking

Le terme coworking associe le préfixe anglais “co-” (ensemble, avec) au gérondif “working” (travailler). Sa paternité fait débat. L’écrivain et game designer américain Bernie DeKoven utilise le mot pour la première fois en 1999, dans un contexte de réflexion sur le travail collaboratif assisté par ordinateur.

Brad Neuberg, développeur basé à San Francisco, revendique une invention parallèle du terme à la même époque. C’est lui qui concrétise le concept en 2005 : il ouvre le premier espace labellisé “coworking” au Spiral Muse, dans le quartier de Mission. Son objectif : combiner la liberté du travail indépendant avec la dynamique d’un collectif.

Le modèle se propage rapidement. Dès 2007, plus de 75 espaces de coworking existent dans le monde. En 2010, ce chiffre dépasse les 600. L’Europe adopte le concept avec un léger décalage : La Cantine, premier espace parisien dédié, ouvre ses portes en 2008.

Le coworking au quotidien : bien plus qu’un simple bureau

Un espace de coworking ne se limite pas à des postes de travail alignés dans une salle. Le concept repose sur trois piliers : un lieu physique partagé, une communauté de professionnels et des services mutualisés (connexion internet, salles de réunion, imprimantes, espaces détente).

Les profils qui fréquentent ces lieux varient. Les indépendants et freelances représentent environ 42 % des coworkers selon Xerfi. Les salariés en télétravail partiel constituent une part croissante, portée par la généralisation du travail hybride. Les startups en phase d’amorçage y trouvent une alternative économique à la location classique de bureaux.

Concrètement, trois formules dominent le marché :

  • Le poste nomade (hot desk) : accès libre sans place attribuée, à partir de 150 euros par mois à Paris
  • Le bureau dédié : poste fixe réservé, entre 300 et 600 euros par mois selon la ville
  • Le bureau privatif : espace fermé pour une équipe, de 500 à 2 000 euros mensuels

Le design de l’espace joue un rôle central dans l’attractivité d’un coworking. Acoustique, luminosité, mobilier ergonomique : chaque détail compte pour fidéliser les membres.

Les équivalents français du mot coworking

L’anglicisme “coworking” ne manque pas d’alternatives francophones. La Commission d’enrichissement de la langue française recommande officiellement le terme cotravail depuis 2016, publié au Journal officiel. L’Office québécois de la langue française (OQLF) préconise “espace de cotravail” pour désigner un lieu fréquenté par différentes catégories de travailleurs partageant ressources et coûts.

TermeOrigineUsage
CoworkingAnglais (1999)Dominant en France et à l’international
CotravailFrançais (JO, 2016)Recommandation officielle, peu adopté
Bureau partagéFrançaisCourant, sens plus restreint
Espace de cotravailQuébécois (OQLF)Standard au Québec
Tiers-lieuFrançaisEnglobe coworking, fablabs, etc.

Le terme “tiers-lieu”, popularisé par le sociologue Ray Oldenburg en 1989, désigne tout espace entre le domicile (premier lieu) et le bureau (deuxième lieu). La France recense plus de 3 700 tiers-lieux selon France Tiers-Lieux. Tous ne sont pas des espaces de coworking : fablabs, jardins partagés et cafés associatifs entrent aussi dans cette catégorie.

Le marché du coworking en France en chiffres

Le secteur du coworking français pèse entre 1,2 et 1,5 milliard d’euros. Plus de 4 200 espaces opèrent sur le territoire, avec des surfaces cumulées dépassant 1,28 million de mètres carrés en 2025 (source : Xerfi).

La croissance reste soutenue. Le marché progresse d’environ 20 % par an, porté par deux moteurs : l’expansion en régions et la demande des grandes entreprises. La part des espaces flexibles dans les transactions de bureaux atteint 30 % en 2025, contre 23 % l’année précédente.

IndicateurChiffre
Espaces de coworking en France4 200+
Tiers-lieux recensés3 700+
Marché estimé1,2 à 1,5 Md€
Surfaces exploitées1,28 M de m²
Croissance annuelle~20 %
Part dans les transactions bureau30 % (2025)

Les métropoles concentrent l’offre. Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux regroupent la majorité des espaces. Trouver un coworking abordable à Paris reste un défi : les tarifs oscillent entre 150 et 600 euros mensuels selon la formule et l’arrondissement.

L’anglicisme s’impose face aux alternatives

Malgré les recommandations officielles, “coworking” domine largement l’usage en France. Le marketing joue un rôle déterminant. Les opérateurs internationaux (WeWork, IWG, Regus) ont popularisé le terme anglais à l’échelle mondiale. Les acteurs français ont suivi : Morning Coworking, Deskopolitan, Wojo.

Le mot “coworking” porte une connotation de modernité et de communauté que “bureau partagé” ne transmet pas. Le suffixe “-ing” véhicule une idée de mouvement et d’action. Sur le terrain, “cotravail” sonne administratif. “Coworking” évoque un mode de vie.

Cette dimension culturelle explique pourquoi l’anglicisme survit aux tentatives de francisation. Le phénomène se retrouve ailleurs dans le vocabulaire professionnel : “open space”, “flex office”, “team building”, “networking”. La frontière linguistique s’estompe dans les environnements de travail connectés et internationalisés.

Résultat ? Un mot anglais de sept lettres a redéfini la manière dont des millions de professionnels conçoivent leur lieu de travail. Le coworking n’a pas seulement importé un vocabulaire : il a importé une culture du travail partagé qui n’existait pas sous cette forme en France avant 2008.

Choisir le bon espace de coworking

Le choix d’un espace de coworking dépend de critères précis. Un freelance en recherche de lien social n’a pas les mêmes attentes qu’une équipe de cinq développeurs.

Les éléments à évaluer avant de s’engager :

  • La localisation et l’accessibilité (transports en commun, parking)
  • Les horaires d’accès (24h/24 ou restreints aux heures de bureau)
  • La qualité du réseau internet (débit symétrique garanti, minimum 100 Mb/s)
  • Les espaces annexes : salles de réunion, phone box, cuisine équipée
  • La communauté présente et les événements de networking organisés

L’aménagement de l’espace influence directement la productivité. Un bon coworking alterne zones de concentration silencieuses et espaces collaboratifs ouverts. La norme NF S31-080 fixe les seuils acoustiques recommandés : 48 dB maximum en zone de travail concentré.

Créer son propre espace représente aussi une option viable. Le guide pour lancer un espace de coworking détaille les étapes clés, du business plan à l’obtention des autorisations nécessaires.

Prochaine étape : visiter deux ou trois espaces proches de son lieu de résidence. Tester une journée d’essai gratuite. Comparer les formules, échanger avec les membres. Le bon coworking se reconnaît dès la première visite.

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